Vendredi, 27 Juillet 2018 12:48

La Francophonie économique et numérique: mythe ou réalité ?

Depuis 2010, 18 réunions ministérielles ont été tenues autour du financement du développement Depuis 2010, 18 réunions ministérielles ont été tenues autour du financement du développement

L’action économique de la Francophonie pèsera lourd sur la balance, au moment du choix du Secrétaire général de la Francophonie, en octobre prochain, en Arménie.

C’est ce que pense un représentant d’un Chef d’Etat africain auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui siège depuis de nombreuses années dans les instances de la structure: « Si nous voulons rester objectifs, nous devons juger l’action de l’actuelle Secrétaire générale, d’abord par son bilan économique. Elle a été désignée par la Conférence au Sommet de Dakar, en même temps que la Stratégie économique était adoptée. Elle doit être jugée prioritairement sur ses performances dans ce domaine. Et il faut reconnaître, que de ce point de vue-là, son action n’est pas négligeable ».

C’est en s’appuyant, il est vrai, sur cette Stratégie économique et celle sur le numérique qui date de 2012, que Michaëlle Jean a mis en œuvre sa feuille de route. Elle a pris l’option de fusionner les Directions de l’Economie et du Numérique de la Francophonie. Et cette mesure administrative, qui avait suscité quelques réserves à l’époque, a rendu plus lisible et plus cohérente l’action de la Francophonie à travers deux axes majeurs pour les pays en développement : l’entreprenariat d’une part et la diplomatie économique et numérique d’autre part.

Gage d’une croissance inclusive
Une radioscopie de l’action de l’OIF au cours des quatre dernières années, permet de mieux voir ce que l’Organisation a accompli en direction des jeunes entrepreneurs et des femmes, grâce à son programme de « Promotion de l’emploi par l’entrepreneuriat chez les femmes et les jeunes en Afrique sub-saharienne ».
Ce programme de 10 millions d’euros, financé en partie par le budget régulier de l’OIF et par une importante contribution du Canada, mais aussi celle de pays comme le Sénégal et le Cameroun, a été mis en œuvre au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Gabon, en Guinée, à Madagascar, au Mali, au Niger, en République Centrafricaine, en République Démocratique du Congo, au Sénégal et au Togo.

Priorités aux femmes et aux jeunes
Il reste encore des progrès à accomplir. Mais l’on a noté, dans l’espace francophone, un renforcement des capacités entrepreneuriales des femmes et des jeunes à travers près d’une quarantaine de Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat Innovant (SAEI) et des incubateurs appuyés dans ces 13 pays. Ce sont ainsi plus de 13.000 jeunes et femmes porteurs de projets et entrepreneurs, qui ont été accompagnés, formés et sensibilisés à l’entrepreneuriat. Il ne suffit pas, comme chacun le sait, de former les femmes et les jeunes à l’entrepreneuriat, encore faut-t-il savoir renforcer l’environnement dans lequel ils évoluent.

C’est pourquoi, les 13 ministères des pays partenaires du programme en charge de l’entrepreneuriat ont été formés à l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies et de politiques en faveur de l’entrepreneuriat dans le cadre d’ateliers régionaux organisés par l’OIF. Cette action a aussi été dirigée vers une quarantaine de structures nationales de soutien au développement de l’entrepreneuriat, à travers un appui technique spécifique dans la mise en place de dispositifs et d’outils innovants dans les domaines de la formalisation des entreprises, de l’accès aux marchés et aux financements, au profit de plus de 10 000 jeunes et de femmes entrepreneurs.

Il y a aussi la question de l’accès des PME aux marchés. A ce propos, l’OIF, en collaboration avec le Réseau Normalisation et Francophonie (RNF) a renforcé les Organismes nationaux de normalisation qui, à leur tour, ont sensibilisé et formé près de 4000 femmes et jeunes entrepreneurs au Burkina Faso, au Cameroun, à Madagascar et au Sénégal, à l’application des normes et des systèmes de contrôle de la qualité pour un meilleur accès aux marchés.

Au chevet des PME
L’appui aux femmes et aux jeunes passe surtout par l’accès des PME au crédit bancaire. C’est pourquoi la Francophonie, en collaboration avec la Société Financière internationale -filiale de la Banque mondiale chargée du financement du secteur privé- a œuvré, ces dernières années à la formation et au renforcement des capacités d’une trentaine de banques en Afrique francophone dans la mise en place de produits dédiés aux entreprises portées par les femmes et les jeunes.

La Francophonie est allée plus loin : à l’issue de la Conférence des femmes de la Francophonie organisée à Bucarest, en Roumanie, en novembre 2017, qui a réuni près de 700 participants, un Réseau Francophone pour l’entrepreneuriat féminin (REFEF) a été lancé ainsi qu’une plateforme regroupant des entrepreneures réparties dans tout l’espace francophone. Celle-ci permet désormais aux femmes entrepreneures francophones d’échanger sur leurs pratiques, d’avoir accès à l’information sur le financement, les opportunités d’investissements et d’affaires et de sceller des partenariats devant leur permettre d’accroître leur accès aux marchés internationaux.

Développement local
A travers l’appui au développement local, l’OIF, grâce à son projet francophone de développement local (Profadel/OIF) prend aussi en compte les femmes vivant dans le monde rural. Il s’agit, à travers ce projet, né de la fusion d’un ensemble d’actions jadis dédiées aux populations des zones rurales, d’appuyer des projets mais surtout de mettre en place un dispositif d’accompagnement global des acteurs du développement local.

Cet accompagnement intègre la sensibilisation des populations aux Objectifs du développement durable (ODD), la planification locale intégrant ces Objectifs et, enfin, la mise en œuvre de projets répondant à ces exigences. Grâce au Profadel/OIF, plus de 2200 acteurs locaux de l’espace francophone ont été accompagnés au Cameroun, au Burkina Faso, au Gabon, à Haïti, à Madagascar, à Sao Tomé et Principe et au Togo.

Diplomatie économique
Comme elle le fait déjà dans le domaine politique à travers notamment ses Groupes d’ambassadeurs francophones (GAF), l’OIF a entrepris une autre forme de diplomatie qui est assez méconnue : la diplomatie économique et numérique qu’elle déploie, notamment, à travers ses réseaux. Depuis 2010, il a été mis sur pied le Réseau des ministres des Finances des pays francophones à faible revenu et depuis 2015, le Réseau des ministres francophones du Commerce existe. En octobre prochain, à Erevan, en Arménie, le réseau des ministres francophones en charge du Numérique verra le jour.

Le Réseau francophone de la coopération Sud-Sud et tripartite ainsi que le Réseau international des agences francophones de promotion des investissements (RIAFPI), participent aussi, à leur manière, de cette diplomatie économique, qui passe aussi, par des concertations et des ateliers techniques, dédiés par exemple, aux structurations de chaines de valeurs. Cela a été fait au moment où se tenaient les 5èmes et 6èmes Forums d’aide pour le commerce, à Genève en 2015 et 2017.

Cela a aussi été le cas lors de concertations préparatoires régionales ou ministérielles, à l’occasion de Conférences de l’OMC ou de la CNUCED: de manière concrète, ce sont des milliers de fonctionnaires, entrepreneurs, parlementaires, membres de la société civile, journalistes et enseignants qui ont été informés, sensibilisés, formées dans le cadre de sessions organisées aux niveaux national et régional, sur différents sujets en lien avec les politiques commerciales.

D’un continent à l’autre
L’OIF a facilité l’interconnexion des espaces économiques francophones à travers la mise en relations d’affaires directes Sud-Sud/Nord-Sud et tripartite. Les exemples foisonnent : rapprochement d’environ 2000 opérateurs économiques dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’anacarde, du riz, du bois et dérivés, matériaux de construction ; plan de Densification et de Diversification des Industries du Coton-Textile-habillement dans l’espace francophone (DEDICOT); rapprochement et coopération entre associations des producteurs du café d’Afrique, de Madagascar et d’Asie ; journées de partenariats tripartites entre l’OIF et différentes régions de l’espace francophone…

Au service du développement
Depuis 2010, pas moins de 18 réunions ministérielles ont été tenues autour du financement du développement. Et quatre d’entre elles ont été élargies à l’ensemble des pays francophones. Ces rencontres ministérielles, qui sont jumelées, depuis 2014, à des réunions et ateliers techniques de haut niveau, ont principalement été axées sur la dette publique, les financements innovants, l’aide publique au développement, les politiques fiscales et les recettes budgétaires, et plus récemment sur les partenariats public-privé.

En matière de financement du développement, le réseau des ministres et experts des finances, qui réunit 27 pays-membres, a mené bien d’autres initiatives à de nombreuses occasions, en particulier dans le cadre des discussions préparatoires à la 3ème Conférence internationale sur le financement du développement à Addis-Abeba en juillet 2015, mais aussi auprès de la Banque mondiale et du FMI, de l’OCDE, dans le cadre des réunions des gouverneurs africains auprès de ces institutions, ou, enfin, du groupe d’experts des Nations Unies sur la coopération internationale en matière fiscale.

Penser l’économie
La Francophonie, ces dernières années, est devenue une véritable fabrique intellectuelle, notamment à travers la production d’analyses, de documents de travail, de documents de réflexion stratégiques. Pas moins de 282 documents et notes techniques ont été rédigés par les Conseillers en politiques commerciales. Ceux-ci, déployés dans près de 16 pays africains et 4 organisations sous-régionales africaines, apportent une assistance technique de proximité et de longue durée aux Etats devant intégrer, avec le maximum d’informations, le monde complexe du commerce international.

Des bulletins quotidiens d’information sont produits et diffusés lors des conférences ministérielles de l’OMC. De la même façon, le réseau des ministres et experts des finances produit nombre d’études techniques, notes de fond, communiqués et bulletins d’information trimestriels. Une dynamique de réflexion prospective a été enclenchée avec les Journées de la Francophonie économique et numérique (JFEN) tenues en 2016 et 2017 au siège de l’OIF à Paris.

Diplomatie numérique
La diplomatie numérique, se manifeste aussi, à maints égards, par des actions concrètes : près de 500 experts francophones du Sud ont été accompagnés et formés à construire, consolider et optimiser des écosystèmes nationaux, régionaux et internationaux dans le domaine de la gouvernance de l’Internet, de la cybersécurité, de la protection des données personnelles, etc.).

Plus de 1.500 autres ont été formés dans la création, l’usage et la valorisation de biens communs numériques francophones tels que la cartographie numérique collaborative et ressources éducatives libres. Quelques 1.300 jeunes porteurs de projets du Sud ont été formés et accompagnés dans le cadre des dispositifs d’appui à l’innovation numérique à travers des concours, des rencontres, des plateformes de financement et cela, dans les domaines du développement durable, cybersécurité, médias, éducation...

Autre innovation, à la frontière de la culture et du numérique : 30 maisons d’édition du Sud formées et sensibilisées aux potentialités offertes par le numérique : livres électroniques, promotion et commerce en ligne... Là on parle de cybersécurité, de transition des médias de l’analogique au numérique, de ressources éducatives libres, de licences Creative Commons ...

Penser l’avenir
La Francophonie économique et numérique de terrain, on le voit, est une réalité bien enracinée. Restera alors à penser la Francophonie économique et numérique de demain, celle qui va conduire aux transformations structurelles des économies francophones du futur. Ce à quoi, les équipes de l’OIF s’attèlent déjà...

Par Marie Noëlle GUICHI

 

 

 

 

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