Mercredi, 28 Février 2018 14:38

Thierry Pairault : « Les routes de la soie ne concernent pas l'Afrique »

Directeur de recherche émérite, ce spécialiste de la relation Chine-Afrique travaille au Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Au-delà de minimiser les ambitions et la présence de la Chine en Afrique – notamment avec les nouvelles routes de la soie –, il évoque aussi une autre voie, les « routes électroniques de la soie », qui concernerait davantage le continent. Éclairage.

Djibouti, l'Éthiopie et le Kenya ont intégré les nouvelles routes de la soie, le Maroc a signé un mémorandum… Quelle est la vision de la Chine sur la place de l'Afrique dans les routes de la soie ?
Thierry Pairault : Formellement, c'est un peu compliqué. Deux instances évoquent ce projet en Chine : le ministère du Commerce et le ministère des Affaires étrangères, et ce sont deux ministères qui ne poursuivent pas des objectifs tout à fait identiques.
Pour le ministère du Commerce (MOFCOM), l'objectif premier des nouvelles routes de la soie, c'est l'Europe. Il s'agit d'y acheminer des produits fabriqués en Chine, et dans cette perspective, l'Afrique n'a pas sa place. Si on regarde les tracés de la route terrestre et de la route maritime, toutes ces routes sont faites pour desservir l'Europe. Les ports situés sur les côtes africaines sont avant tout des ports qui ouvrent sur l'Europe, et non vers l'Afrique, y compris le port de Tanger. Ce dernier pouvait prétendre être un port des routes de la soie tourné vers l'Afrique, sauf que les productions tangerines sont d'abord destinées au nord de la Méditerranée. Donc, d'un point de vue strictement économique, les routes de la soie ne concernent pas l'Afrique.

Se greffent ensuite des questions d'ordre politique. Des pays africains ont réclamé à être davantage impliqués dans les routes de la soie, d'où le mémorandum d'entente signé avec le Maroc en novembre 2017. Mais il a été signé par le ministère chinois des Affaires étrangères et non avec le MOFCOM, et le texte précise par ailleurs que le Maroc est le « premier pays arabe du nord-ouest de l'Afrique » à signer le texte. Il ne parle donc pas d'un « pays africain » mais d'un « pays arabe ». Le but du Maroc n'était d'ailleurs pas tant d'être dans les routes de la soie, mais de pouvoir proclamer au peuple marocain qu'il fait partie des routes de la soie. De ce fait, la formule chinoise a été détournée à l'attention du peuple marocain.

Les points d'ancrage de la route maritime en Afrique de l'Est ne peuvent donc pas être vus aussi comme une ouverture vers le continent africain ?
Si on regarde d'un point de vue économique, Djibouti a reçu 0,3 % de l'investissement direct étranger (IDE) chinois en Afrique en 2016 (34e rang parmi les bénéficiaires africains de l'IDE chinois), l'Éthiopie a reçu 3,4 % (10e rang) et le Kenya a reçu 3,6 % (9e rang). Mais aucun de ces pays n'est inscrit dans la liste des pays bénéficiant de l'IDE chinois au titre des nouvelles routes de la soie. Et le Maroc non plus. Le seul pays concerné par des IDE, et donc inclus dans la route de la soie, c'est l'Égypte. Mais rappelons que l'Égypte est incluse dans le Moyen-Orient dans la perception chinoise qui hérite là de la vision définie à la fin du 19e par le Foreign Office et le Quai d'Orsay.

N'y a-t-il pas eu d'investissements chinois pour relier Djibouti à l'Éthiopie, construire des chemins de fer au Kenya, dans le cadre des routes de la soie ?
Le chemin de fer entre l'Éthiopie et Djibouti, à qui appartient-il ? S'il appartient à l'Éthiopie, c'est un investissement éthiopien et une prestation de service de la Chine, et donc, on ne peut parler d'investissement chinois. La Chine aurait pu construire ce chemin de fer même s'il ne lui servait pas à distribuer ces produits puisque c'est la volonté du client investisseur. Il se trouve que la Chine peut vendre ses services et ses produits à l'Éthiopie, l'investissement éthiopien est donc doublement gagnant pour la Chine.

L'Afrique, selon vous, n'est pas visée non plus par le mémorandum signé avec le Maroc, et vous soulignez que le port de Tanger est d'abord un lien vers l'Europe. Cependant, la stratégie marocaine de partenariat sud-sud, et la réintégration du Maroc dans l'Union africaine en 2017 ne sont-elles pas des éléments qui comptent aussi pour la Chine ?

D'abord, il faut rappeler ce qu'est un mémorandum. On se serre la main, et si quelque chose peut se mettre en place, on va le faire, mais il n'y a aucun engagement juridique. On peut lui donner le contenu que l'on veut. Pour l'instant, la Chine au Maroc, ce sont surtout des PME, arrivées avec de grosses entreprises occidentales qui ont relocalisé leur activité au Maroc. Elles font venir des sous-traitants chinois avec lesquels elles ont déjà travaillé en Chine. Mais on ne voit pas de grosses entreprises publiques chinoises… Ce qu'on observe, c'est donc une stratégie des entreprises occidentales pour le marché européen, tout à fait indépendante des routes de la soie. Cette dynamique est la plus marquante, même s'il y a dans le même temps des mouvements d'entreprises chinoises au Maroc, avec par exemple le géant chinois des voitures électriques BYD, qui a l'intention de s'y installer. Mais là encore, ces mouvements sont limités et la Chine reste très prudente.

Avec LePoint.fr

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