Lundi, 07 Juillet 2014 20:56

Bernard Ouandji : « Le taux de croissance du Cameroun va tomber à 3% »

Bernard Ouandji,le gouvernement peut effectuer de dépenses pour relancer l’économie Bernard Ouandji,le gouvernement peut effectuer de dépenses pour relancer l’économie

L’économiste revient sur l’augmentation des prix du carburant à la pompe au Cameroun et ses conséquences sur le développement du pays.

Quel commentaire vous inspire la hausse récente des prix du carburant à la pompe et du gaz domestique ?
C’est une hausse qui est somme toute est modérée, soit 16%. Cependant l’économie camerounaise depuis la crise mondiale de 2008 -2009, avait déjà réussi à trouver un équilibre, mais un équilibre fragile. Et maintenant on raisonne en terme d’utilité marginale, or, je ne vois pas l’utilité marginale de cette mesure.

Autrement dit…
Depuis 2010, nous avons réussi à avoir un peu d’équilibre, c'est-à-dire aussi bien les ménages, les acteurs économiques, les entreprises que l’Etat.  Mais chacun de ces agents a un équilibre  fragile qui peut faire qu’on retombe dans la précarité. Il se trouve que dans cette hausse, son utilité marginale est négative parce qu’elle ne permet pas aux ménages de consommer plus,  vu qu’on fait une ponction sur leur pouvoir d’achat. Cette hausse grève les charges des entreprises, ce qui va freiner les projets d’extension d’entreprise. Du coup, je ne vois pas à qui elle profite.

Dans la structure des prix des carburants au Cameroun, on compte 26 taxes. Est-ce-que ce n’est pas un levier qu’il faut actionner pour revoir le prix du carburant ?
J’ai découvert la structure des prix et j’ai constaté qu’entre le coût de la matière sortie de la Sonara qui est de 400 Fcfa, et le prix à la pompe, il y a 250 Fcfa. Et dans les 250 Fcfa, les deux tiers sont des taxes.

Est-ce réaliste de faire payer autant de taxes aux consommateurs ?
La taxe sur les carburants dans beaucoup de pays est un instrument de politique économique et sociale. En France, le carburant coûte l’équivalent de 335 Fcfa à la sortie de la raffinerie, mais on vend à 800 Fcfa ; le reste, ce sont les taxes que le gouvernement français prévoit pour atteindre ses objectifs. Aux Etats-Unis, ils ont moins de taxes parce que là-bas le prix du carburant fluctue au gré des administrations ; les républicains ont tendance à pratiquer le Tax Cut, c’est-à-dire que quand ils prennent le pouvoir, ils réduisent les impôts et taxes y compris  sur les carburants pour relancer l’économie.

Est-ce qu’une hausse du prix du carburant est assimilable à une hausse des impôts ?
Oui et c’est la raison pour laquelle je vous dis que je ne vois pas l’utilité marginale de la hausse que nous avons subie parce que le Cameroun affichait une croissance de 4% que l’on pensait pouvoir relever à 6%. Mais maintenant, ce qui est certain, c’est que notre croissance va tomber à 3% parce que nous avons fait l’inverse du Taxe Cut. Dans les modèles macroéconomiques de base, le gouvernement peut effectuer un certain nombre de dépenses pour relancer l’économie, tout comme, il peut diminuer les impôts pour laisser le pouvoir d’achat entre les mains des ménages et des entreprises  afin qu’à leur tour, ces deux acteurs puissent consommer davantage, investir et relancer l’économie. 

Qu’est-ce qui explique que dans certains pays non producteurs de pétrole, le carburant coûte moins cher ?
Le carburant est facile à taxer puisque c’est auprès des stations qu’on collecte. Elles sont connues et ne peuvent pas frauder. Certains pays fragiles du point de vue de l’administration fiscale,  trouvent plus simple de taxer le carburant pour encaisser des recettes sans se fatiguer. C’est pourquoi on ne peut pas simplement dire que le prix au Bénin est bas, il faut voir le montant des taxes y afférentes. Je vous ai donné l’exemple de la France, c’est un pays qui émet beaucoup de taxes qui servent également la politique environnementale de la France, ils veulent que les gens utilisent moins les véhicules personnels et utilisent davantage les transports en commun ; donc pour décourager la consommation du carburant, les taxes sur le super sont très élevées et moindres sur le gasoil.
Au Cameroun,  on a une structure des prix du carburant qui émet beaucoup de taxes, et puis dans la même colonne, on soustrait 88 francs par litre dans une rubrique qualifiée de soutien ou subvention. Ce n’est pas une subvention que le gouvernement fait dans la mesure où ce mot se rattache à des coûts de production. Or, le coût du Super est de 400 Fcfa et son prix de vente 650 Fcfa. Vous subventionner quoi alors ?

Le FMI avait demandé quand même au gouvernement de réviser la structure des prix qui semble obèse pour permettre aux ménages de supporter la charge de la réduction ?
Il y a quelques semaines, dans une interview le chef de mission du Fmi a dit que le Cameroun a des contraintes budgétaires. C’était à nous de savoir comment faire pour améliorer les  recettes de l’Etat ou diminuer ses dépenses. Nous sommes dans une situation où la Sonara a des coûts de raffinage excessifs ; ensuite,  ses créances sur l’Etat sont obèses, c’est le cas de le dire. Le FMI a souligné dans son rapport de la Revue 2011 que les prélèvements des services publics ne sont pas payés à bonne date, les services publics sont les plus grands consommateurs, les forces de défense alignent les camions citernes devant la Sonara et on les sert en priorité ; bien que les bons d’engagement ne sont pas présentés. Quand ces services publics ont une allocation budgétaire de 800 millions, et qu’ils prélèvent pour un milliard, d’année en année, la Sonara se retrouve avec 700 millions de dollars d’impayés réclamés à l’Etat.

Il est également connu que la Sonara a du mal à payer ses fournisseurs étrangers ; est-ce lié aux impayés de l’Etat?
Exact.  Pendant que l’Etat ne paye pas la Sonara, la Sonara ne peut pas payer ses fournisseurs et ne peut éponger ses découverts bancaires. En bref, la situation patrimoniale de la Sonara à l’heure où nous parlons est désastreuse. Et la hausse du carburant qui a été faite ne profite pas à la Sonara, donc le problème qu’il faut adresser, c’est la restructuration financière de cette entreprise par la voie la plus appropriée à savoir une émission de Bons de trésor et d’obligations de l’Etat, destinée à éponger son endettement.  La hausse des prix du carburant aurait ainsi créé une ressource affectée au remboursement de ladite émission et on aurait alors fait d’une pierre deux coups, réduire les charges de l’Etat et restructurer la Sonara.
Réalisée par Pierre Célestin Atangana et Cathy Koum

 

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